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Internet Source: Le Monde, Societe, October 2, 2000
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Le Monde

October 2, 2000

La sociobiologie a la recherche des causes genetiques des comportements sociaux

BIRNBAUM JEAN

ELABOREE par Edward Wilson, professeur de zoologie a l'universite Harvard et auteur de L'Humaine Nature, essai de sociobiologie (Stock, 1979), la sociobiologie affirme que les comportements sociaux ont un fondement biologique. Dans le sillage de Wilson, et sans toujours etre tres fideles au detail de ses theories, certains partiront ainsi a la recherche des causes genetiques de l'altruisme, de l'instinct maternel ou encore de la criminalite.

OEuvrant d'abord a l'etude systematique des societes animales, la sociobiologie se tourne tres vite vers l'homme et s'appuie sur les theories de l'evolution inspirees de Darwin pour poser cette question qui, depuis, n'a jamais cesse de la hanter: y a-t-il dans le monde animal des antecedents aux comportements humains? Peut-on parler de langage pour les grands singes ou les fourmis? Est-il possible de reperer une forme d'art chez les abeilles?

DES THESES MARGINALISEES Cependant, le glissement vers l'etude des societes humaines ne va pas toujours sans risque: a partir du moment ou l'on affirme que le social s'enracine dans le biologique, il est tentant d'en deduire qu'on peut agir sur le premier au moyen du second, ce qui ouvre la voie a l'eugenisme attribue par le livre de Patrick Tierney a Napoleon Chagnon. Celui-ci analyserait la societe yanomamie a l'aune du fameux gene egoiste et soutiendrait que la violence extreme des alpha-males y reflete une superiorite genetique que la stricte endogamie est censee proteger de toute deperdition.

La sociobiologie demeure tres en vogue aux Etats-Unis, ou certains militants gays pensent que leur combat passe par la reconnaissance d'un gene homosexuel.

Elle continue aussi d'influencer de nombreux chercheurs en France, grace notamment aux progres recents de la biologie cellulaire. Mais elle ne s'en trouve pas moins largement marginalisee parmi les anthropologues, comme l'explique Alban Bensa, directeur d'etudes a l'Ecole des hautes etudes en sciences sociales (Ehess, Paris): Elle etait encore enseignee dans les annees 1950, ca s'appelait "l'anthropologie physique": on allait mesurer le crane des Melanesiens, des Kanaks, par exemple, et on les comparait a ceux des hommes de Neandertal pour les replacer dans l'evolution biologique de l'humanite. Mais moi, je ne l'ai jamais etudiee et, aujourd'hui, je ne connais pas un livre, pas un article qui soutienne la these d'un fondement biologique des comportements sociaux. C'est la figure repoussoir de l'anthropologie!

En effet, a partir des annees 1960 et surtout 1970, l'anthropologie francaise ecarte resolument toute idee de determinisme physique rigide et par trop reducteur, pour envisager la societe humaine sous l'angle du rapport de classes - dans l'anthropologie marxiste de Maurice Godelier -, du relationnel et du symbolique, avec le structuralisme de Claude Levi-Strauss, ou de la creation continue et mouvementee d'une culture - anthropologie dynamiste de Georges Balandier -, en privilegiant la dimension eminemment sociale de l'existence humaine.